Anne de Beaujeu
1461 - 1522
Née en 1461 à Genappe, Anne est la fille aînée de Louis XI — le « roi araignée », l’homme politique le plus calculateur de son siècle — et de Charlotte de Savoie. Elle grandit à la cour de France au contact direct des rouages du pouvoir, formée par un père qui n’admire guère les tendres sentiments mais reconnaît chez sa fille une intelligence rare. C’est lui qui prononce ce jugement devenu célèbre : Anne est « la moins folle femme du monde, car de sage il n’en est point ». Mariée en 1473 à Pierre de Beaujeu, seigneur puis duc de Bourbon, elle devient la dame de Beaujeu, titre sous lequel elle exercera la plus haute fonction de l’État.
À la mort de Louis XI en 1483, son fils Charles VIII n’a que treize ans. Conformément aux dispositions du roi défunt, Anne assume la régence de fait, secondée par son époux mais en tenant fermement elle-même les rênes du gouvernement. Sa première épreuve est la Guerre folle (1485-1488) : une coalition de princes menés par le duc d’Orléans (futur Louis XII) et le duc de Bretagne tente de s’emparer de la tutelle du roi et de briser l’autorité royale. Anne répond avec une habileté politique héritée de son père — combinant manœuvres diplomatiques, alliances tactiques et démonstrations de force militaire. La victoire décisive de Saint-Aubin-du-Cormier (1488) écrase la ligue et consolide définitivement son pouvoir. Les princes rebelles sont châtiés avec modération calculée, car Anne sait qu’il faut gouverner avec ceux qu’on ne peut éliminer.
Son chef-d’œuvre politique est le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne en 1491 : en empêchant la duchesse d’épouser Maximilien d’Autriche, elle réussit à attacher le duché de Bretagne à la couronne de France sans guerre de conquête. Lorsque Charles VIII atteint sa majorité et prend en main le gouvernement personnel, Anne se retire sans résistance — preuve supplémentaire de son pragmatisme : elle n’avait jamais gouverné pour elle-même, mais pour la monarchie. Revenue en Bourbonnais aux côtés de son époux, elle exerce une cour lettrée et mécène à Moulins, rédigeant pour sa fille Suzanne des « Enseignements » qui constituent un traité de sagesse politique d’une lucidité remarquable. À sa mort en 1522, elle laisse derrière elle l’image d’une femme d’État accomplie, digne héritière de l’école politique de Louis XI.