Isabeau de Bavière
1370 - 1435
Née en 1370 à Munich dans la famille des Wittelsbach, Isabelle de Bavière est choisie en 1385 pour épouser le roi Charles VI, encore jeune et brillant souverain. Leur union, conclue à la hâte à Amiens après que Charles a été frappé par la beauté d’Isabeau lors d’une rencontre fortuite, produit douze enfants. Mais sept ans après le mariage éclate le drame qui va dominer toute sa vie : en août 1392, durant une chevauchée en forêt du Mans, Charles VI est pris d’un accès de démence furieuse, tuant plusieurs chevaliers de son entourage avant d’être maîtrisé. Cette folie récurrente, qui le plongera pendant des décennies dans de longues périodes d’incapacité totale, vide le trône de son occupant légitime et ouvre une crise politique sans précédent.
En l’absence d’un roi gouvernant, Isabeau doit naviguer entre les factions qui se disputent le pouvoir : les oncles du roi, dont le duc de Bourgogne et le duc d’Orléans, se déchirent jusqu’à l’assassinat de ce dernier en 1407 par les partisans de Jean sans Peur. La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons ensanglante le royaume pendant deux décennies, rendant toute gouvernance cohérente impossible. Isabeau, accusée par les Armagnacs de collusion avec les Bourguignons, est tour à tour instrumentalisée et mise à l’écart selon les rapports de force du moment. Sa réputation personnelle est également noircie par des rumeurs de liaison avec Louis d’Orléans, colportées par ses ennemis politiques et reprises sans discernement par des générations d’historiens — des accusations que l’historiographie contemporaine tend à relativiser fortement.
Le point culminant — et le plus contesté — de sa vie politique est la signature du traité de Troyes en mai 1420. Par cet accord conclu avec Henri V d’Angleterre et le duc de Bourgogne Philippe le Bon, Isabeau reconnaît Henri V comme héritier de France et déclare son propre fils, le Dauphin Charles, illégitime. La France est ainsi promise à la couronne anglaise, une décision que les partisans de Charles VII n’ont jamais pardonnée à la reine. Isabeau meurt en 1435, après avoir vu Charles VII couronné à Reims grâce à Jeanne d’Arc et le traité de Troyes réduit à néant. Figure tragique d’une reine contrainte de gouverner dans l’impossible, elle reste l’une des personnalités les plus débattues de l’histoire médiévale française.