Aliénor d'Aquitaine
1122 - 1204
Née vers 1122 à Poitiers, Aliénor hérite à quinze ans du duché d’Aquitaine, le plus vaste et le plus riche fief du royaume de France — une principauté qui s’étend du Poitou aux Pyrénées et rivalise en splendeur avec la cour capétienne elle-même. Son mariage avec le futur Louis VII en 1137, organisé à la hâte par son tuteur et suzerain, fait d’elle la reine de France quelques semaines seulement après la mort de son père. Elle apporte à la couronne une dot colossale mais aussi une personnalité hors du commun : cultivée, volontaire, éprise de la lyrique des troubadours qu’elle a côtoyés depuis l’enfance à la cour de Poitiers. Son influence sur la culture et les mœurs de la cour capétienne est immédiate et profonde.
La Deuxième Croisade (1147-1149), à laquelle elle participe aux côtés de Louis VII, révèle l’incompatibilité croissante entre les deux époux. La rencontre d’Aliénor avec son oncle Raymond de Poitiers à Antioche, et ses velléités de rester en Orient pour défendre les intérêts de l’Aquitaine, alimentent des rumeurs et creusent un fossé irréparable. À leur retour, le pape Eugène III tente de réconcilier le couple, sans succès durable. En 1152, après la naissance de deux filles seulement, le mariage est annulé pour consanguinité. Dès deux mois après, Aliénor épouse Henri Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie, son cadet d’une dizaine d’années — qui devient en 1154 Henri II, roi d’Angleterre. La voilà reine de la moitié de l’Europe occidentale, mère de huit enfants parmi lesquels Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre.
Aux côtés d’Henri II, Aliénor gouverne l’empire Plantagenêt depuis ses propres cours de Poitiers et d’Angleterre, protégeant les arts et les lettres avec un mécénat flamboyant. Mais en 1173, elle soutient ouvertement la révolte de ses fils contre leur père : Henri II la fait alors emprisonner dans divers châteaux d’Angleterre pendant seize années. Libérée à la mort d’Henri II en 1189, elle assure la régence d’Angleterre durant la croisade de Richard Ier, parcourant l’Europe pour recueillir sa rançon lorsqu’il est capturé par l’empereur germanique. Elle a plus de quatre-vingts ans lorsqu’elle meurt en 1204 au monastère de Fontevraud, où elle est inhumée aux côtés de son époux et de son fils. Aliénor d’Aquitaine demeure l’une des figures les plus saisissantes du Moyen Âge occidental : par sa longévité politique, son intelligence des rapports de force et son rayonnement culturel, elle incarne à elle seule un siècle de l’histoire européenne.