Anne d'Autriche
1601 - 1666
Anne d’Autriche naît à Benavente, en Castille, en 1601, fille aînée du roi d’Espagne Philippe III et de Marguerite d’Autriche. Son mariage avec Louis XIII en 1615, célébré simultanément à celui de la sœur de Louis avec le futur Philippe IV d’Espagne, est un double échange dynastique destiné à sceller la paix franco-espagnole. Elle a quatorze ans, son époux aussi, et leur union sera l’une des plus froides de l’histoire de France. Louis XIII, asocial, influençable et dominé par ses favoris masculins — d’abord Luynes, puis Richelieu — traite sa femme avec une indifférence teintée de méfiance : Anne entretient une correspondance secrète avec Madrid, ce qui lui vaut d’être surveillée de près et accusée de trahison à plusieurs reprises. Les deux époux ne partagent presque jamais la couche royale, et pendant vingt-trois ans la cour désespère d’un héritier.
La naissance du futur Louis XIV en septembre 1638 tient du miracle politique autant que de la piété d’Anne, qui attribue cet enfant à ses prières à Notre-Dame-des-Victoires. Un second fils, le futur Philippe d’Orléans, suit en 1640. La mort de Louis XIII en mai 1643, qui laisse un roi de cinq ans, ouvre l’ère de la régence. Anne, que le testament royal tentait de dépouiller de ses pouvoirs en faveur d’un conseil de régence, obtient du Parlement de Paris l’annulation de ces dispositions et gouverne avec plénitude de pouvoir. Elle s’appuie entièrement sur le cardinal Mazarin, successeur de Richelieu, avec lequel elle partage une intimité profonde que les pamphlets de l’époque transforment en mariage secret — une rumeur jamais prouvée mais jamais vraiment démentie.
La Fronde (1648-1653), soulèvement des parlementaires puis des nobles contre le pouvoir royal et Mazarin, est l’épreuve majeure de la régence. Anne y montre une fermeté qui surprend ses adversaires : elle résiste aux pressions, quitte Paris nuitamment avec ses enfants en plein hiver, refuse d’exiler définitivement Mazarin et attend l’épuisement des frondeurs. Lorsque Louis XIV prend les rênes du gouvernement en 1661 à la mort de Mazarin, Anne se retire progressivement à Val-de-Grâce, le monastère qu’elle a fondé en ex-voto pour la naissance de son fils. Elle meurt en janvier 1666 d’un cancer du sein, entourée de ses fils et de la cour. Figure longtemps sous-estimée, elle aura su protéger la couronne de France dans ses années les plus vulnérables et transmettre intact à Louis XIV le pouvoir absolu qu’elle avait consolidé.