Marie de Médicis
1575 - 1642
Née à Florence en 1575, Marie de Médicis est la fille du grand-duc François Ier de Toscane et de Jeanne d’Autriche, ce qui fait d’elle à la fois une héritière de la famille bancaire la plus puissante d’Europe et une Habsbourg de sang. Son mariage avec Henri IV en 1600 est d’abord un mariage de finances : la France doit des millions d’écus aux Médicis, et l’union efface la dette. Henri, qui vient de répudier Marguerite de Valois, accueille sa nouvelle épouse avec une indifférence royale — il multiplie les maîtresses, dont Henriette d’Entragues, et ne dissimule guère sa préférence. Marie supporte ces affronts avec une dignité massive, donnant au roi six enfants dont le futur Louis XIII en 1601, et s’attachant à constituer autour d’elle une cour franco-italienne qui importera à Paris le goût baroque florentin. Elle commande à Rubens le fameux cycle de peintures célébrant sa vie, aujourd’hui au Louvre, témoignage monumental de son mécénat.
L’assassinat d’Henri IV par Ravaillac le 14 mai 1610 — le lendemain même du sacre de Marie comme reine à Saint-Denis — la propulse à la tête du royaume pour la minorité de Louis XIII, alors âgé de neuf ans. Elle gouverne en s’appuyant sur ses favoris italiens, le maréchal d’Ancre Concino Concini et son épouse Leonora Galigaï, dont l’influence parasite la cour et scandalise la noblesse française. En 1617, Louis XIII, à seize ans, fait assassiner Concini et exile sa mère au château de Blois. La réconciliation viendra grâce à Richelieu, alors évêque de Luçon, qui joue les intermédiaires et regagne la confiance des deux parties. Marie fait même entrer Richelieu au Conseil du roi en 1624, persuadée de tenir ainsi un fidèle instrument.
Elle se trompe lourdement. Richelieu, devenu cardinal et Premier ministre, subordonne tout à la grandeur de l’État, y compris la volonté de la reine mère. La rupture éclate lors de la Journée des Dupes du 11 novembre 1630 : Marie obtient de Louis XIII la disgrâce du cardinal, mais le lendemain le roi confirme Richelieu dans ses fonctions. C’est Marie qui tombe en disgrâce, exilée à Compiègne puis contrainte de fuir aux Pays-Bas espagnols. Elle erre ensuite de cour en cour — Madrid, Londres, Cologne — cherchant des appuis qui ne viennent pas. Elle meurt en juillet 1642 à Cologne dans un dénuement presque total, quelques mois avant Richelieu lui-même. Sa trajectoire illustre avec une clarté tragique les limites du pouvoir des reines dans un système où la raison d’État prime sur les liens du sang.