Marie-Thérèse d'Autriche
1638 - 1683
Marie-Thérèse naît le 10 septembre 1638 à l’Escurial, au cœur de la puissance espagnole. Fille de Philippe IV d’Espagne et d’Élisabeth de France — fille d’Henri IV —, elle porte dans ses veines le sang des deux couronnes rivales : infante d’Espagne par son père, petite-fille de France par sa mère. C’est ce double héritage qui décide de son destin. En 1659, le traité des Pyrénées met fin à une guerre franco-espagnole de vingt-quatre ans ; l’article premier du traité est le mariage de l’infante avec Louis XIV. La cérémonie est célébrée à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660, sur la frontière même que le traité venait de tracer. L’Espagne promet une dot de cinq cent mille écus d’or ; en contrepartie, Marie-Thérèse renonce à ses droits sur la couronne espagnole. Mais la dot ne sera jamais versée — et c’est sur ce prétexte financier, autant que juridique, que Louis XIV fondera sept ans plus tard la guerre de Dévolution, réclamant au nom de sa femme les Pays-Bas espagnols.
À Versailles, Marie-Thérèse occupe avec dignité une place que le Roi Soleil lui laisse volontiers en apparat, mais refuse de lui accorder en substance. Elle n’est jamais consultée sur les affaires de l’État, ne siège à aucun conseil, ne participe à aucune décision diplomatique. Profondément pieuse, parlant un français médiocre qu’elle n’améliora guère, elle se réfugie dans les dévotions, les parties de cartes — sa passion secrète — et l’affection de ses nains espagnols que la cour regardait avec condescendance. Elle donne six enfants au roi, dont cinq meurent en bas âge ; seul Louis, le Grand Dauphin, survivra à sa mère. Quant à Louis XIV, sa fidélité n’est qu’une façade de bienséance : il entretient successivement Louise de La Vallière, la marquise de Montespan et d’autres favorites avec une ostentation qui blesse la reine, laquelle se tait. Courtisans et mémorialistes s’accordent à noter sa bonté sans éclat, sa résignation tranquille, et la façon dont elle endure les humiliations avec une grâce qui force le respect.
Marie-Thérèse meurt le 30 juillet 1683 à Versailles, à quarante-quatre ans, d’un abcès à l’aisselle mal soigné. Louis XIV, dit-on, prononça en quittant sa chambre cette phrase restée célèbre : « Voilà le seul chagrin qu’elle m’ait jamais causé. » Le mot, aussi glaçant qu’élogieux, résume à lui seul le destin de cette reine effacée, dont la mort libère plus qu’elle ne deuille. Quelques mois plus tard, le roi épousait secrètement Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon. Marie-Thérèse aura été le pivot dynastique d’un traité, l’instrument d’une paix, et la garante silencieuse d’une succession. Dans l’ombre éblouissante du Roi Soleil, elle accomplit sans défaillance le rôle qu’on lui avait assigné — et rien de plus.