Bertrade de Laon
~720 - 783
Fille du comte Caribert de Laon, Bertrade épouse vers 740-741 Pépin III, dit le Bref, alors maire du palais de Neustrie. L’union est scellée avant même que Pépin ne devienne roi des Francs en 751, renversant Childéric III avec l’aval du pape Zacharie. Bertrade est ainsi la première épouse d’un roi carolingien couronné : à son mariage, elle n’était que la compagne du plus puissant des grands francs ; à sa mort, elle sera la mère du plus grand souverain de l’Occident médiéval. De son surnom de « Berthe au Grand Pied » — dû, selon la légende, à un pied difforme —, la chanson de geste tirera au XIIe siècle l’un des récits les plus populaires du cycle carolingien.
Aux côtés de Pépin, Bertrade joue un rôle politique actif que les sources mentionnent sans toujours le détailler. Elle participe aux assemblées royales et accompagne son époux dans ses expéditions en Italie, où Pépin contraint les Lombards à restituer des territoires à la papauté — fondant ainsi les États pontificaux. Elle met au monde deux fils qui ont survécu : Charles, le futur Charlemagne, né en 742 ou 748, et Carloman. À la mort de Pépin en 768, le royaume est partagé entre ses deux fils, et Bertrade tente de maintenir la paix entre eux — médiations difficiles qui révèlent son sens politique.
Après la mort prématurée de Carloman en 771, Bertrade vit encore une douzaine d’années, témoin des premières grandes campagnes de Charlemagne. Elle intercède notamment auprès de son fils pour la répudiation de Désirée, fille du roi lombard Didier — un mariage qu’elle avait elle-même négocié et que Charlemagne renvoie sans ménagement. Elle meurt en 783 et est inhumée à Saint-Denis, aux côtés de Pépin. La postérité médiévale la magnifiera dans les chansons de geste sous les traits d’une reine exemplaire, symbole de la piété et de la vertu carolingiennes.