Brunehaut
~543 - 613
Fille du roi wisigoth Athanagild, Brunehaut est élevée dans une cour raffinée imprégnée de culture gallo-romaine. Son mariage en 566 avec Sigebert Ier, roi d’Austrasie, la projette au cœur de la politique franque. Cultivée, parlant le latin, elle apporte avec elle le prestige et les usages de la royauté wisigothique. Quand le meurtre de sa sœur Galswinthe — étranglée sur ordre de Chilpéric Ier à l’instigation de Frédégonde — transforme une rivalité dynastique en haine personnelle, Brunehaut entre dans une lutte sans merci qui dominera toute la seconde moitié du VIe siècle.
Après l’assassinat de Sigebert en 575, Brunehaut assure la régence de l’Austrasie avec une autorité remarquable, gouvernant au nom de son fils Childebert II, puis de ses petits-fils Thibert II et Théodebert II. Son emprise sur les rois mineurs lui vaut l’hostilité croissante de la noblesse franque, jalouse de ses prérogatives. Elle laisse une empreinte durable dans le domaine des infrastructures : les « chaussées de Brunehaut », routes romaines restaurées ou reconstruites à son initiative, parsèment encore le nord de la France et la Belgique, témoins concrets d’un véritable programme de gouvernement.
Sa fin est d’une violence extrême. En 613, Clotaire II, fils de Frédégonde, s’empare d’elle après que la noblesse austrasienne l’eut trahie et livrée. Accusée d’une dizaine de meurtres de rois francs, jugée sommairement, elle est torturée trois jours durant, puis attachée par les cheveux, un bras et une jambe à la queue d’un cheval indompté qui la met en pièces. Elle avait environ soixante-dix ans. Cette exécution spectaculaire, voulue comme un châtiment exemplaire, n’a pas empêché sa mémoire d’être réhabilitée par les siècles suivants, qui ont vu en elle une souveraine visionnaire victime des ambitions féodales.