Frédégonde
~545 - 597
D’origine modeste — servante ou femme de chambre selon les chroniqueurs —, Frédégonde s’impose à la cour de Chilpéric Ier, roi de Neustrie, par une intelligence politique redoutable et une volonté sans scrupule. Devenue sa maîtresse, elle pousse le roi à répudier sa première épouse, Audovère, puis à faire étrangler Galswinthe, sœur cadette de Brunehaut qu’il venait d’épouser — peut-être sur ordre de Frédégonde elle-même. Chilpéric l’épouse aussitôt, vers 568. Ce meurtre déclenche une rivalité féroce entre Frédégonde et Brunehaut, reine d’Austrasie, qui va ensanglanter le monde mérovingien pendant un demi-siècle.
Grégoire de Tours, contemporain des événements et observateur acéré, brosse de Frédégonde un portrait implacable : elle aurait commandité l’assassinat de plusieurs personnages gênants, y compris ses propres beaux-fils issus des unions précédentes de Chilpéric. Elle survit à l’assassinat de ce dernier en 584 — meurtre dont elle est soupçonnée — et assure seule la régence pour son fils Clotaire, alors nourrisson. Confrontée aux armées austrasiales et burgondes, elle défend la Neustrie avec une énergie remarquable, remportant notamment la bataille de Droizy en 593.
Frédégonde meurt en 597, laissant un fils qu’elle a élevé pour la vengeance et la domination. Clotaire II saura mettre à profit cet héritage : en 613, il capture et fait supplicier Brunehaut dans des conditions atroces, accomplissant ainsi posthumément la victoire de sa mère. Personnage ambigu entre monstre et souveraine, Frédégonde reste l’une des figures les plus fascinantes et les plus controversées du haut Moyen Âge, à la fois symbole de la brutalité de son temps et d’une forme d’émancipation politique féminine sans équivalent dans les royaumes barbares.