Marguerite de Valois

Marguerite de Valois

1553 - 1615

Reine de France et de Navarre, « la Reine Margot »

Née le 14 mai 1553 au château de Saint-Germain-en-Laye, Marguerite de Valois est la fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, sœur cadette de trois rois — François II, Charles IX et Henri III — et la dernière princesse d’une maison dont le soleil se couche. Elle grandit dans l’éclat et les intrigues d’une cour où sa mère tient les fils du pouvoir, reçoit une éducation exceptionnelle, apprend le latin, le grec et l’italien, et s’impose très tôt par une beauté qui frappe les contemporains autant que son intelligence vive et son goût des lettres. En 1572, sa main est offerte à Henri de Bourbon, roi de Navarre et chef du parti protestant, dans l’espoir que cette union dynastique réconciliera les deux confessions qui déchirent le royaume depuis une décennie. Le mariage est célébré à Paris le 18 août, en présence de l’aristocratie protestante venue en nombre pour les festivités — et quatre jours plus tard éclate la Saint-Barthélemy. Marguerite, catholique, cache dans sa chambre plusieurs gentilshommes huguenots poursuivis par les tueurs, geste de courage dont elle se souviendra dans ses Mémoires avec une précision qui trahit le traumatisme fondateur de sa vie.

L’union avec Henri de Navarre est un désastre conjugal que les deux époux assument sans fard : chacun mène sa vie amoureuse en parallèle, accumulant les amants et les maîtresses dans une cour de Navarre qui tient plus du roman picaresque que de la chronique dynastique. Mais Marguerite supporte mal la surveillance et les humiliations de sa famille royale, en particulier les soupçons de son frère Henri III qui l’accuse d’intrigues politiques. En 1583, il la renvoie de Paris ; en 1585, elle se réfugie dans son gouvernement d’Agen, tente maladroitement de lever des troupes, et finit par se retrouver prisonnière au château d’Usson, en Auvergne, où elle demeurera vingt ans. Ce long exil forcé, loin d’être une parenthèse morte, devient le temps de la métamorphose : à Usson, Marguerite lit, écrit, noue une correspondance nourrie avec les lettrés de son temps, et compose ses Mémoires, texte d’une langue superbe et d’une franchise désarmante, l’un des premiers récits autobiographiques rédigés par une femme en France.

Lorsque Henri IV, devenu roi de France en 1589, souhaite épouser Marie de Médicis pour assurer la succession, il lui faut obtenir l’annulation de son premier mariage. Marguerite accorde son consentement en 1599 sans en tirer d’amertume visible, et en 1605 elle rentre à Paris, installant sur la rive gauche une cour brillante où protège poètes, musiciens et philosophes. Sa relation avec Henri IV, libéré de la contrainte conjugale, retrouve alors une cordialité sincère ; elle sera la marraine du futur Louis XIII et entretient des rapports affectueux avec les enfants du roi et de Marie de Médicis. Elle meurt le 27 mars 1615, à soixante et un ans, laissant ses biens aux pauvres et sa mémoire à la postérité. Cette mémoire sera longtemps déformée : Alexandre Dumas, en 1845, fera d’elle l’héroïne sulfureuse et tragique de La Reine Margot, roman populaire qui occulte la femme de lettres, l’humaniste et la survivante que fut réellement Marguerite de Valois.