Marie-Antoinette
1755 - 1793
Marie-Antoinette naît à Vienne en novembre 1755, quinzième enfant de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche et de l’empereur François Ier. Son mariage avec le dauphin de France Louis en 1770, qu’elle rejoint à quinze ans à Versailles, est le pivot d’une alliance franco-autrichienne fragile que sa mère entend consolider. La jeune archiduchesse, vive et insouciante, n’a guère reçu la formation rigoureuse qu’exigerait son rang : elle lit peu, s’ennuie vite en politique et se jette dans les plaisirs de la cour avec un enthousiasme que ses censeurs transformeront en légende noire. Devenue reine en 1774 à la mort de Louis XV, elle incarne à Versailles un art de vivre extravagant — bals masqués, robes de Rose Bertin, Petit Trianon aménagé à sa fantaisie — qui semble indécent à mesure que les finances du royaume s’effondrent. Les pamphlets la surnomment « Madame Déficit » et « l’Autrichienne », deux appellations qui disent la double haine de classe et de nationalisme qu’elle cristallise.
L’Affaire du collier de la reine en 1785 — une escroquerie montée par la comtesse de La Motte, dans laquelle Marie-Antoinette n’avait aucune part — achève de ruiner sa réputation auprès du public. Lorsque la Révolution éclate en 1789, elle est déjà le symbole concentré de tous les abus de l’Ancien Régime. La famille royale est ramenée de force de Versailles aux Tuileries en octobre 1789, puis la tentative de fuite vers la frontière autrichienne en juin 1791 — la fuite de Varennes — se solde par une arrestation humiliante et une captivité renforcée. Alors que Louis XVI s’efforce de composer avec l’Assemblée, Marie-Antoinette entretient une correspondance secrète avec les cours européennes, implorant une intervention militaire qui ne peut que hâter la catastrophe. La prise des Tuileries du 10 août 1792 met fin à la monarchie ; la famille royale est enfermée à la tour du Temple.
Louis XVI est guillotiné en janvier 1793. Marie-Antoinette, transférée à la Conciergerie en août, comparaît devant le Tribunal révolutionnaire en octobre. Le procès est une mascarade : on lui impute des crimes d’État, voire, dans un chef d’accusation abject, des actes incestueux avec son propre fils. Elle se défend avec une dignité glacée, démontant les mensonges point par point. Condamnée à mort, elle monte à l’échafaud le 16 octobre 1793, à trente-sept ans, les cheveux coupés courts sous le bonnet de la veuve, vêtue de blanc. Sa mort clôt le chapitre des reines de France et inaugure deux siècles de fascination historique : figure de la frivolité aristocratique pour les uns, martyre royale pour les autres, Marie-Antoinette reste l’une des femmes les plus représentées et les plus réinterprétées de l’histoire occidentale.