Childéric III
743-751
Childéric III est sorti de l’obscurité — probablement d’un monastère — en 743, deux ans après la mort de Charles Martel, pour être placé sur le trône par ses fils Carloman et Pépin le Bref. Comme ses prédécesseurs, il n’est qu’un symbole : sa seule fonction est de prêter à la légitimité mérovingienne la dignité nécessaire pour maintenir la cohésion des grands du royaume pendant la période de transition. Son nom même reste incertain dans les sources — certains historiens ont mis en doute qu’il fût vraiment de sang mérovingien.
En 751, Pépin le Bref décide de franchir le pas et de s’emparer du titre royal. Il sollicite préalablement l’avis du pape Zacharie, qui répond par une formule restée célèbre : il vaut mieux appeler roi celui qui exerce réellement le pouvoir que celui qui le porte sans l’exercer. Fort de cette caution pontificale, Pépin convoque une assemblée des Francs à Soissons. Childéric III y est déposé, rasé selon le rite de déchéance qui prive les Mérovingiens de leur chevelure longue — attribut sacré de leur royauté — et enfermé dans l’abbaye de Saint-Bertin à Sithiu.
Avec Childéric III s’éteint une lignée qui avait gouverné les Francs pendant près de trois siècles. La tonsure forcée est à la fois un acte pratique — elle neutralise le dépossédé sans verser son sang — et un symbole d’une puissance symbolique redoutable : le roi est mort sans mourir. Pépin le Bref fonde la dynastie carolingienne, dont le fils, Charlemagne, portera le titre d’Empereur d’Occident.